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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 10:31

 

Pendant des siècles et des siècles, de l’Antiquité jusqu’au XXe siècle, les champignons ont été considérés comme des plantes. Et puis, brusquement, au milieu du XXe siècle, en 1969 pour être exact, ils ont été exclus du règne botanique. Les champignons seraient donc des animaux ? Non plus. Ils ont un peu des deux, mais pas assez pour en faire partie. En fait, il a été créé un nouveau règne rien que pour eux. On pourrait croire qu’au XXIe siècle, la classification systématique des êtres vivants en règne, ordre, espèce, etc. est enfin terminée. Eh bien, on n’en est pas encore là, et bien des zones d’incertitudes demeurent tant certains êtres vivants résistent farouchement à cette manie humaine de l’étiquette. La taxinomie, la science du classement et de l’appellation des différents êtres vivants, reste bel et bien pour les scientifiques de tout poil un champ de bataille.



Mais revenons à l’exemple des champignons. La plus amusante caractéristique de leur classification du temps où ils étaient des plantes, c’est qu’on les définissait par ce qu’il leur manquait pour être de «vraies» plantes. Dès le IVe siècle avant notre ère, Théophraste (qui veut dire «le divin parleur»), philosophe et naturaliste grec, inventeur d’une des premières classifications des plantes (qui n’était d’ailleurs pas si mal faite), estime que «le champignon et la truffe, à la différence des autres plantes, n’ont ni racine, ni tige, branche, graine ou fleur». Carl von Linné, le grand naturaliste suédois du XVIIIe  siècle, auteur d’une classification sur laquelle repose encore en grande partie la nôtre, place les champignons, moisissures, fougères et algues parmi les plantes. Au début du XXe siècle, les différentes sortes de champignons sont appelées cryptogames, ce qui veut dire «plantes sans fleurs» ou thallophytes, «sans tige et sans feuilles».

Ce qui va chambouler ce bel édifice, ce sont les études microscopiques, puis cellulaires et biochimiques. Là, on découvre que les champignons se sont bien moqués des savants. Car leurs caractéristiques biologiques sont tout sauf végétales. Par exemple, si les cellules de champignon ont bien une paroi, elle n’est pas faite de cellulose comme chez les plantes, mais de chitine, une substance présente chez les insectes et les crustacés. Autre exemple, les champignons ne stockent pas leurs réserves sous forme d’amidon, mais sous forme de glycogène, comme les animaux. De plus, ils n’ont pas de chlorophylle, ne peuvent donc pas utiliser la photosynthèse, et doivent se nourrir de manière organique. Comme les animaux.

Mais en même temps, ils ont trop de différences avec les animaux pour pouvoir entrer dans leur règne. C’est pourquoi un éminent chercheur américain proposa, en 1969, de créer un nouveau règne pour les champignons. Ce qui donne cinq règnes pour les êtres vivants : les végétaux, les animaux, les bactéries, les protistes – qui sont toutes les cellules vivant de manière isolée et qui ne sont pas des bactéries – et, enfin les champignons.

Un règne pourrait en cacher un autre

Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Ou plutôt de celles des scientifiques. Car il ne faut pas oublier que toute classification s’établit en fonction de critères. Ils peuvent être par exemple morphologiques ou généalogiques, les fameux arbres de l’évolution. Ils peuvent encore être génétiques. Mais on pourrait en choisir d’autres. Par exemple, classer les êtres vivants pluricellulaires en fonction de leur capacité à se rassembler si les différentes cellules qui les composent sont séparées. Selon ce critère, l’être vivant qui serait en haut de l’échelle serait… l’éponge. Désagrégez une éponge en la passant dans un tamis au-dessus de l’eau, elle se rassemblera très vite. Une performance que nous n’atteindrons jamais. Et certains organismes classés aujourd’hui chez les champignons, par exemple les agents du mildiou, cette maladie de la vigne, de la tomate ou de la pomme de terre, sont finalement plus proches des algues.

Ces questions de critère sont l’objet d’âpres luttes entre spécialistes. Deux exemples concrets. À la fin des années 1980, des critères scientifiques ont expulsé le chrysanthème commun du genre du même nom pour le reléguer sous un nom obscur (Dendrathema). Mais les lobbies des fans du chrysanthème ont œuvré et la décision a été annulée. De même pour certains pétunias. Mais les géraniums ont eu moins de chances et quelques espèces ont été «déclassées» et placées sous la bannière des Pélargonium. Un changement qui semble être aujourd’hui entré dans les mœurs.

Le règne, au sens classification, des champignons pourrait cacher un autre règne. Car le plus grand organisme connu vivant du monde est… un champignon. Il a été découvert dans une forêt de l’Oregon, aux États-Unis. Il couvre 890 hectares (1200 terrains de foot) et est âgé de plusieurs milliers d’années. Qu’on se le dise, un champignon n’est ni végétal ni animal. C’est un… champignon.

Article paru  dans Le FIGARO  - sciences

·                           La chronique de Jean-Luc Nothias du 19 décembre 2007.


Ave les Amycos !!!

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